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Les Habitants Vigilants
Association des Habitants Vigilants du canton de Gondrecourt le château

DECHETS NUCLEAIRES OU GEOTHERMIE, IL FAUDRA CHOISIR

JFB
DECHETS NUCLEAIRES OU GEOTHERMIE, IL FAUDRA CHOISIR

La géothermie sur le plateau de bure... Une réalité !
Le Vendredi 13 avril 2012, l'association « les Habitants Vigilants » a invité la population locale à une soirée-débat à Bonnet, dans la Meuse, non loin du site convoité pour l'enfouissement des déchets les plus radioactifs HAVL. C'est M. Antoine GODINOT, titulaire d'un DEA en géochimie, pétrologie et métallogénie qui était chargé de la présentation des données techniques.
HISTORIQUE :
C'est dans les années 1974- 83 que l'on réalisa qu'il y avait sous la Meuse et le nord de la Haute-Marne un gisement d'énergie : de l'eau chaude. Sous l'impulsion de la Direction Régionale de l'Équipement, bien relayée par les acteurs locaux, on projetait de l'exploiter à Saint Mihiel (55), Bar-le-Duc (55), Verdun(55), Joinville (52), Saint-Dizier (52)... Mais dès la mi 1982, on en parle moins et les deux projets au stade de la réalisation (Maizey près de St Mihiel et St Dizier) sont "provisoirement" suspendus. 25 ans s'écoulent sans qu'un seul forage ne soit fait dans cette optique.
C'est qu'il n'y a pas que la géothermie. Le programme nucléaire était accéléré et allait prendre une ampleur inégalée. En 15 ans, on double la capacité de production électrique en multipliant par sept la dette EDF. Le poids de cette dette va verrouiller pour longtemps toute autre forme d'énergie. On vend de l'électricité à tous nos voisins, on assaille le marché captif du chauffage électrique, qui s'envole de 4 % à 67 % pour le bâti neuf entre 1972 et 1986. Concurrente, la géothermie est écartée de ses propres terres et desservie par des taux d'intérêt élevés et quelques défauts de jeunesse. Pourtant c'est une énergie bon marché et exemplaire, alors que les deux tiers des rejets de la filière électrique correspondent à de la chaleur jetée dans l'environnement, sans parler du risque nucléaire imposé à tous. Les vendeurs d'autres énergies dont le chauffage électrique et Gaz de France obtiendront aussi des avantages fiscaux refusés à la géothermie. (il s'agit de la TVA de l’abonnement à 5,5% pour eux à comparer à 19,5% à la géothermie) (1).
Le nucléaire fait son apparition sur le plateau de Bure avec l'intention d'y imposer ses déchets. Pourtant les techniciens du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) en 1980 avaient désigné à l'aide d'un cercle sur la limite Meuse Haute-Marne une zone particulièrement classée de bonne productivité (2).De l’eau chaude en quantité !

DES TRAVAUX BACLES :
Précisément hélas, sur ce qui va devenir la « zone de transposition », la zone visée pour l'enfouissement des déchets les plus radioactifs HAVL. En décembre 2002, André Mourot, géophysicien haut marnais en retraite, informe le CLIS (Comité Local d’Information et de Suivi) de l'existence des anciens rapports BRGM sur la géothermie complètement oubliés en seulement 20 ans (3). Mais les scientifiques en exercice restent interdépendants du lobby nucléaire. Les politiques locaux et régionaux doivent s'en remettre aux conclusions des ministères. Le "Dossier 2005 Argile" (4) ne prononce pas même le mot « géothermie » malgré une épaisseur de 1800 pages ! et son potentiel est nié à diverses occasions à partir de faux arguments :
- l'eau est trop salée ce qui serait un handicap pour l’exploitation. En Allemagne, beaucoup d'exploitations géothermiques travaillent avec de l'eau très salée. Les matériaux composites sont adaptés maintenant à la salinité élevée des nappes souterraines ou bien on utilise des tuyaux classiques plus épais (Danemark).
- Le gradient thermique est trop faible. Un seul forage avait été effectué à une profondeur insuffisante (HTM102, 1070 m en 1994) et pourtant le gradient qui avait déjà été mesuré était qualifié de normal par l'opérateur. Le forage de 2008 (EST433) l'a confirmé avec une température d’environ 69°C à mi hauteur de la couche exploitable (1920 m) (5).
- Le débit ne sera pas assez élevé. Les rapports BRGM des années 70-80 (2) estimaient l'inverse. Le résultat du forage EST433 de 2008 a été présenté comme indiquant officiellement une bonne perméabilité mais donnant un débit très faible (6, p. 109 et 114), ce qui est complètement contradictoire. Le rapport des opérateurs, photos à l'appui, révèle que la boue de forage qui a formé une croûte autour de la crépine n'a pas été retirée avant les mesures (7), contrairement aux promesses (8, p. 55). C'est la raison du faible débit dans ces tests mais le répondant de l'aquifère à ce faible débit a officiellement établi sa bonne perméabilité (6, p. 109 et 114), (9) (donc un bon débit prévu en conditions d'exploitation).

Nous avons ainsi les preuves que les études sur le potentiel géothermique n'ont pas été réalisées dans les règles de l’Art (8, p. 55) et qu’elles ne sont pas conformes à la déontologie.
QU’AVONS-NOUS A TRANSMETTRE ?
Le Potentiel géothermique du plateau de Bure a été minimisé aux dépens d'une nouvelle installation nucléaire. En effet les générations futures risquent d'être amenées grâce à leurs études géologiques à vouloir exploiter la géothermie à Bure.
Que se passera-t-il quand les forages traverseront la zone d'enfouissement des déchets radioactifs ? Ce scénario fait référence au film « INTO ETERNITY » qui pose la question de la transmission d'un site nucléaire souterrain aux générations futures.
Avons-nous le droit de condamner une ressource énergétique inépuisable en stockant à proximité des fûts radioactifs pour des millions d'années ? On constate une très grande épaisseur de grès sous la zone (>120 m Trias inférieur, puis 2500 m de grès argileux Permien), les couches de grès constituant la réserve aquifère. En région parisienne, la couche (calcaire du Dogger) est beaucoup moins épaisse (15-25 m) et la durée de vie attendue de l’exploitation est de l'ordre de 60 ans.
Installé aux confins de deux départements en grande difficulté économique, la Meuse et la Haute-Marne, le projet d'enfouissement des déchets hautement radioactifs a été imposé aux populations locales grâce à des budgets d'implantations colossaux. À l'heure actuelle, l'économie locale ne tient que par la manne financière artificielle de l’ANDRA. Il n'existe plus aucun développement industriel ou artisanal.
Le développement de la géothermie sur le plateau de Bure dynamisera la vie économique locale. De nombreuses applications verront le jour comme des complexes thermaux, des bâtiments collectifs chauffés par la géothermie, mais aussi du maraîchage sous serres, séchage de bois, élevage, pisciculture... Une réelle dynamique de création d'emplois de tous niveaux, une fréquentation touristique et un attrait pour cette région verdoyante sera un réel espoir face à l'avenir que prépare l’ANDRA en créant une immense zone nucléarisée, faisant fuir les populations locales et se détourner les gens de passage (visiteurs, investisseurs ou industriels). (10)
Toutes les associations locales d'opposants à l'enfouissement des déchets radioactifs unies à l'association des Habitants Vigilants exigent un réexamen du potentiel géothermique afin de ne pas condamner pour l'éternité cette ressource énergétique propre et durable.
Jean-François BODENREIDER
Président de l’association des Habitants Vigilants du canton de Gondrecourt le châ
teau

Bibliographie :
(1) Mourot, A. - Godinot, A. - Huvelin, P, Synthèse de la "Négation du potentiel géothermique de Bure", Synthèse, 10p., novembre 2006. http://www.stopbure.com//index.php?page=etude-godinot-2006-synthese
(2) Maget, P. - Rambaud, D. 1979, "Possibilités géothermiques de la région champagne-Ardenne", BRGM, décembre, rapport 79 SGN 739 GTH/CHA, 37p, 36 cartes HT.
Maget, P. - Rambaud, D. 1980, "Possibilités géothermiques de la région champagne-Ardenne - II. Étude hydrogéologique des sites", BRGM, septembre, rapport 80 SGN 649 GTH/CHA, 54p. [téléchargeables sur le site BRGM];
"La Lorraine bien placée pour remplacer l’or noir par l’eau chaude", Est républicain février 1975
(3) Mourot, A. 2002, "Lorraine-Champagne Ardennes - Bure et la Règle Fondamentale de Sûreté", polycopié 7p. et 7 cartes annexes, décembre, déposé au CLIS et à la CNE qui elle, a fait savoir qu'elle passait ce document à l'autorité de Sûreté nucléaire.
(4) ANDRA 2005, "Dossier 2005 Argile", 3 volumes totalisant 1800p. [téléchargeables sur le site Andra]
(5) Un test (n°1 du forage EST433 de 2008) a été réalisé très vite après la fin du forage à la mi-hauteur des grès du Trias inférieur. L'injection permanente d'eau "froide" pendant un forage implique que les mesures trop proches dans le temps soient corrigées de cet effet. Il existe des modèles classiques pour cela, qui donnent, ici, ce résultat de 69°C.
(6) ANDRA 2009, "Synthèse du programme de reconnaissance de la zone de transposition 2007-2008 - Centre Meuse/Haute Marne", indice B, 21 juillet, Rapport D.RP.ALS.08.1356, 128p.
(7) Saunier & Associés - Solexperts - Intera, 2009, "Lot M23, Tests hydrogéologiques entre obturateurs - Rapport d'opération Est 433 Trias", émission initiale 16/12/08, émission finale après prise en compte des remarques ANDRA : 22/01/09, 150p, texte en anglais, D.RP.0SAU.08.0016. Les photos, spectaculaires, de la crépine prise de boue polymère de forage sont p. 129-130 [peut être obtenu au CLIS de Bure]
(8) Delay, J. - Aranyossy, J-F. 1994, "Les mesures hydrogéologiques dans les forages de reconnaissance des sites potentiels pour le stockage géologique des déchets radioactifs", Hydrogéologie n°4: 53-62.
(9) CNE 2010, "Rapport d'évaluation n°4", juin, tome 2 : Annexes scientifiques et techniques, Annexe 3 : "Évaluation du potentiel géothermique au Trias", qui écrit p. 14 : "Les tranmissivités du Dogger relevés dans les forages géothermiques en région parisienne montrent une valeur moyenne de 10-3 m 2/s... Les valeurs obtenues pour le Trias sur la zone de transposition [i.e plateau de Bure] sont bien dans la même gamme.". En effet, on y a mesuré 1,1 10-3 m2/s, c'est à dire la même chose, pour une hauteur de 25 mètres alors que ce Trias inférieur est épais de plus de 120 mètres ! (la perméabilité n'est autre que la transmissivité divisée par l'épaisseur, donc les deux marchent ensemble).
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