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Les Habitants Vigilants
Association des Habitants Vigilants du canton de Gondrecourt le château

Le dernier homme de Fukushima

JFB #Le dernier homme de Fukushima, #Naoto Matsumura

Le périple de Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima

Presque un an, jour pour jour, après le passage de Janick MAGNE, professeure d'université à Tokyo qui nous a relaté ses visites dans la zone interdite. C'est Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima que nous aurons l'honneur d'accueillir à Bonnet le 7 mars 2014 pour écouter son témoignage.

Dans la continuité de son courageux combat, Naoto viendra en France en portant le témoignage de ce qu’une catastrophe nucléaire peut détruire dans la vie d’un homme et dans son environnement.

Son passage à Fessenheim sera le point central, hautement symbolique, de ce périple de deux semaines entre le 5 et le 20 mars 2014. Il veut pouvoir raconter sa douloureuse expérience de l’explosion de la centrale de Fukushima Daii Ichi, véritable « sœur jumelle » de Fessenheim. Sa rencontre avec les agriculteurs, les habitants de cette région sera l’occasion de faire comprendre aux gens que la vie peut basculer du jour au lendemain et qu’on peut tout perdre. Qu’une explosion nucléaire peut détruire toute une région durablement : sa terre, ses animaux, ses habitants.

La parole lui sera donnée au Parlement Européen dans une conférence de presse, pour faire l’état des lieux à Fukushima, le jour du triple anniversaire de la triple catastrophe.

Son passage à Bure, sur le futur site d’enfouissement de déchets nucléaires hautement radioactifs, sera un événement très fort : l’opportunité de mettre sur cette nouvelle ZAD (Zone A Défendre) les feux des projecteurs et des medias, et de relayer l’information au Japon. En effet les nucléocrates japonais ont les yeux rivés sur le projet CIGEO et envisagent le même type d'enfouissement des déchets dans leur pays.

L'accident est inéluctable.

Si tout va pour le mieux, dans les vingt prochaines années au plus tard, un accident nucléaire majeur se produira en France. Si tout va pour le pire, Fessenheim explosera demain.

Malgré les assurances données officiellement, les experts du nucléaire pro ou anti-nucléaires s’accordent à penser qu’une ou plusieurs fusions de cœur de réacteurs nucléaires sont inéluctables sur le territoire national. L’hexagone, troisième producteur mondial d’électronucléaire possède un système hautement centralisé qui reflète la structure de l’État qui l’abrite. Ce système de gestion et de promotion du nucléaire civil est isolé des structures démocratiques. Tel un état dans l’État, il est coupé des choix des citoyens et néglige le principal risque inhérent au nucléaire civil : un cœur en fusion n’est plus contrôlable. Face à l'imminent danger d’une catastrophe à venir, l’État autant que l’opérateur des centrales prennent la posture de l’autruche, celle du flagrant déni.

La vétusté des installations, l’impossibilité de changer des éléments cruciaux au cœur des réacteurs, les imprévisibles facteurs climatiques et encore plus les facteurs humains font partie des raisons pour lesquelles une ou plusieurs centrales subiront la fonte d’un cœur de réacteur. Il faut y ajouter l’idolâtrie de la puissance atomique de la part d’un groupe restreint de décideurs et d’ingénieurs français ; cette foi irrationnelle les rend aveugle aux risques auxquels sont exposés les populations et leurs patrimoines. Ces élites seront incapables de réagir lorsque le drame de Fukushima se répétera au sein de la population française. Devant les médias de la planète, les enceintes de confinement céderont pour libérer massivement de la radioactivité dans l’atmosphère et polluer la nappe phréatique.

La question n’est plus donc plus de savoir s’il y aura un accident nucléaire, mais quand cet accident se produira, quelle sera l’étendue géographique de la dispersion des radionucléides et le degré de contamination des êtres vivants. A cet instant, lorsque des choix drastiques de survie seront faits par ceux-là même qui ont conduit la nation à la catastrophe, la seule question à laquelle il faudra répondre sera : comment survivre et surtout résister aux multiples conséquences du désastre qui seront sanitaires, sociales, politiques mais aussi très douloureusement humaines?

Surnommé « Le dernier homme de Fukushima », Naoto Matsumura est un habitant de Tomioka, une petite ville située au nord est du Japon. Avant le 12 mars 2011, elle était peuplée par seize mille habitants. Sur le territoire de cette commune, une centrale nucléaire, Daii Ni, propriété de Tepco a été construite ; c’est une quasi réplique de la centrale de Daii Ichi construite 12 kilomètres plus au nord.

Naoto Matsumura, agriculteur et ouvrier, n’a jamais quitté sa terre. Malgré son humble statut, il possède une longue expérience de vie dans la proximité d’une centrale nucléaire, celle de Daii Ni qu’il a vu construire lorsqu’il était adolescent. Mais surtout, il a une longue expérience de survie dans la zone évacuée autour de la centrale de Daii Ichi, la centrale nucléaire dont 4 réacteurs ont été endommagés entre le 12 et le 15 mars 2011. Cette centrale nucléaire plus de deux ans après le drame continue à polluer massivement l’air et la terre du Japon et l’océan Pacifique.

Alors que 200 000 personnes étaient déplacées pour des raisons sanitaires à l’extérieur d’un rayon de 20 kilomètres, il a été le premier à refuser l’évacuation et cela au nom de sa résistance contre Tepco, l’opérateur de la centrale explosée. Au nom de sa dignité, il a refusé l’évacuation pour ne pas devenir un réfugié des radiations, c’est à dire un paria par la souillure radioactive, un burakumin nucléaire. Depuis plus de deux ans et demi, ce combat en solitaire perdure et c'est pour cela qu’il est appelé « Le dernier homme de Fukushima». Sa vie quotidienne dans la radioactivité et l’extrême solitude qu’il a vécue et continue de vivre, font de lui un témoin privilégié pour comprendre comment le quotidien devient effrayant après une catastrophe nucléaire.

Du point de vue économique, la triple ou quadruple fusion de cœur des réacteurs de la centrale Daii Ichi vient donner une leçon magistrale aux gouvernements du monde entier. Une catastrophe nucléaire est impossible à gérer parce que le coût faramineux des dégâts et des dommages et intérêts à payer est supérieur au budget d’un État*.

Aujourd’hui, malgré les appels au secours lancés par les plus hautes autorités de l’état, y compris le premier ministre, le Japon reste seul pour contenir les conséquences de la catastrophe et n’y parvient pas. Tepco vient d’admettre son incapacité à mettre fin à la crise et à contenir les radiations. En fait l’accident met en péril la population, mais aussi le fonctionnement de l’État. A Fukushima, le Japon joue sa survie, son existence même en tant que nation. Le gouvernement nippon a appris à ses dépens une dramatique leçon de Fukushima : en cas de catastrophe nucléaire, il n’y a pas de solutions technologiques pour endiguer la radioactivité et ses contrecoups sanitaires. Il va falloir accepter la radioactivité dans la nourriture, dans l’air et dans l’eau et cela dans la majeure partie du pays. Il va falloir aussi accepter la contamination de la plus grande richesse d’un pays, c’est à dire celle des enfants et cela sur plusieurs générations.

Les exercices d’évacuation autour d’une centrale nucléaire ne reflèteront jamais la réalité d’une catastrophe qu’ils sont censés juguler. Ces exercices sans valeur pratique sont exécutés pour rassurer les populations, pas les protéger. L’immensité, la longue durée et la complexité d’un nuage de gaz radioactif échappé d’un réacteur sont capables de tenir en échec, voire de mettre en déroute les sociétés les mieux organisées telle que l’était le Japon.

Lors d’une catastrophe nucléaire, les patrimoines culturel et génétique sont endommagés mais les patrimoines foncier, immobilier, industriel et agricole sont aussi perdus.

C’est pourquoi le combat de Naoto Matsumura, celui d’un agriculteur affrontant une industrie hautement polluante et une élite irresponsable, n’est pas seulement symbolique, il est aussi très instructif parce que sa résistance intervient après la catastrophe. Matsumura dans sa résistance quotidienne nous apprend que, non seulement les êtres humains sont à protéger, mais aussi leurs compagnons, les animaux. Si les secours se concentrent sur la survie physique des humains, la catastrophe émotive due à la perte en masse des animaux domestiques ou d’élevage est aussi destructrice et insupportable que la perte d’un être cher. L’homme est apparemment sauf mais à quel coût psychologique? Que reste-t-il de ce qui fait son histoire, sa vie et celle de sa communauté? C’est ce retour d’expérience qu’offre Matsumura en mots simples et directs.

En France, des choix drastiques seront édictés pour la survie prioritaire de l’État et il faudra abandonner la notion même de justice et le droit des citoyens. Le combat de Naoto Matsumura, celui de la terre contre la technocratie surviendra en France avec des modalités identiques. C’est cette absence d’informations sur les choix profonds de société que la venue du dernier homme de Fukushima vient combler. Il vient nous raconter la vie au jour le jour après l’apocalypse nucléaire.

*Lire : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/10/un-accident-nucleaire-c-est-la-fin-de-la-democratie_1845390_3232.html

Antonio Pagnotta, le 17 octobre 2013

Pour en savoir plus sur les méthodes de calcul de la probabilité de survenue d'un accident nucléaire:

http://www.liberation.fr/politiques/2011/06/03/accident-nucleaire-une-certitude-statistique_740208

http://www.23dd.fr/energie/nucleaire/nucleaire-probabilite-daccident

Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima viendra à Bure en 2014.

Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima viendra à Bure en 2014.

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